Women Groove Project, afro-urbain au féminin

Un album conçu pour casser les formats

Women Groove Project

Porté par la combinaison des voix de Mamy Kanouté et Ngima Sarr, deux artistes sénégalaises venus d’horizons éloignés, l’album enregistré par le collectif ad hoc Women Groove Project rayonne de cette énergie et de cette spontanéité qui font la particularité de certaines de ces initiatives culturelles plus naturelles qu’il n’y parait a priori.

En musique comme en cuisine, inventer une recette est une idée tentante. Encore faut-il, dans cette création, que les ingrédients se marient en libérant chacun leur saveur, qu’ils se complètent sans gâter le résultat mais au contraire en faisant naitre au final une sensation nouvelle. Surprendre mais pas décontenancer, comme si l’alchimie tentée relevait d’une forme d’évidence.

A l’origine du Woman Groove Project, il y a l’envie d’Ousmane Faye, le manager du chanteur Omar Pene, figure de la musique sénégalaise avec son groupe du Super Diamono, de mettre en avant les femmes artistes de son pays, et en particulier les chanteuses Mamy Kanouté et Ngima Sarr.

La première, petite-fille d’un griot dont le nom continue de faire référence, est profondément ancrée dans la culture mandingue, mais a toujours fait preuve d’ouverture, que ce soit avec son compatriote Baaba Maal qui l’a embauchée dans les chœurs de son groupe Daande Leñol à 14 ans ou à son compte en collaborant avec le violoniste belge Wouter Vandenabeele sur l’album Mousso Lou.

La seconde, d’origine sérère et issue d’une famille venant des îles du Saloum, a grandi à Dakar et illustre ce côté urbain du Sénégal, qu’elle a quitté à 20 ans pour Paris où elle s’est fait connaitre comme rappeuse-slameuse, en particulier avec son projet Tie & The Love Process, remarqué pour son album Life is not a Wating Game paru en 2014 et mixé par l’inclassable Doctor L.

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Pour compléter le casting, d’autres femmes : la bassiste française Thérèse Henry et la batteuse Alix Ewande. Mais aussi des hommes : DJ Charly et son compatriote sénégalais Noumoucounda Cissokho, joueur de kora proche de Positive Black Soul, sollicité aussi bien par Alpha Blondy que Stromae (et accessoirement oncle de Mamy Kanouté), et le guitariste Hervé Samb.

C’est à ce dernier, autre enfant du pays installé en France, qu’a été confié le rôle de maître d’œuvre. Fort de ses expériences (Meshell Ndegeocello, Touré Kunda, Oumou Sangaré, Amadou et Mariam…), celui qui est actuellement le directeur musical de Lisa Simone (fille de Nina) a pris la précaution d’apporter dans ses bagages le squelette d’un album qui n’avait que deux petites semaines pour voir le jour… avec des musiciens qui pour la plupart ne se connaissaient pas ! Aux protagonistes, il a proposé différentes ambiances, différents groove, entre influences soul (Kirai), rumba (Cho Hé Cho) ou funk (Freedom).

A entendre le résultat, on comprend qu’ils n’ont pas fait qu’adhérer. Ils se sont aussi approprié les titres, pour les jouer, écrire les textes et les chanter. Et ils ont su surtout trouver leur place, à la fois entre eux et pour servir au mieux le projet : “Faire des mélanges inédits entre les univers traditionnels et urbains”, résume Hervé Samb, qui est parvenu à donner une cohérence mais aussi une âme à l’ensemble.

Women Groove Project (Aztec/Pias) 2016

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