Récit. Houcine Arfa, l’évadé gênant de Madagascar

Récit. Houcine Arfa, l’évadé gênant de Madagascar

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Dessin de Falco, Cuba

L’affaire réunit “tous les ingrédients d’un roman d’aventure”, de l’aveu même de la ministre de la Justice malgache, citée par L’Express de Madagascar.

Tout débute par une évasion spectaculaire le 28 décembre 2017. Houcine Arfa, 54 ans, qui avait été condamné par la justice malgache à trois ans de prison ferme pour “extorsion de fonds, menace de mort, tentative de kidnapping, faux et usage de faux”, explique avoir faussé compagnie à ses deux surveillants pénitentiaires qui l’emmenaient dans un hôpital d’Antananarivo pour une consultation.

Il aurait ensuite “rejoint les côtes du nord-ouest de Madagascar, où il aurait sauté à bord d’une embarcation”, une pirogue, puis un bateau à moteur, avant de rejoindre par l’océan Indien “le département français d’outre-mer de Mayotte”. “Curieusement, le fugitif a réussi à s’envoler en France, bien que son passeport fût entre les mains de la police criminelle depuis son arrestation à la mi-juin”, relève le quotidien malgache dans un autre article.

Cent mille euros pour s’évader ?

Ancien formateur de la garde présidentielle, l’homme, qui “se présente dans la presse française comme un ‘conseiller en sécurité’ [et proche] du président” Hery Rajaonarimampianina, rejette en bloc sa condamnation à Madagascar. Barbouze pour les uns, affabulateur pour les autres, il se dit victime d’un complot fomenté par les conseillers du chef de l’État, impliqués selon lui dans des activités illégales.

C’est muni de sa seule carte d’identité et avec la complicité de son épouse qu’Houcine Arfa aurait réussi à prendre l’avion depuis Mayotte pour Paris, où il a atterri le 1er janvier. Depuis, le Français multiplie les accusations envers les autorités malgaches. Il affirme notamment avoir versé 70 000 euros à la ministre de la Justice, et 30 000 euros à une procureure de la République pour organiser son évasion.

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La visite médicale à laquelle il devait se rendre a été validée par la garde des Sceaux Élise Alexandrine Rasolo en personne. Interrogée par L’Express de Madagascar, celle-ci dément “vigoureusement”. Pour elle, Houcine Arfa souhaite “ternir l’image de la justice malgache qui l’a condamné à une peine de prison”. La ministre, qui a porté plainte pour diffamation, accuse également la presse française de colporter des informations non recoupées. Houcine Arfa “affirme avoir été condamné sous de fausses accusations et qu’on l’a torturé en prison. […] On a voulu rassembler dans un même récit tous les clichés négatifs sur notre pays”, estime-t-elle. Elle fait également allusion au passé judiciaire du fugitif, déjà condamné à trois reprises en France selon les autorités malgaches.

Paris aux abonnés absents

D’une même voix, l’exécutif de Madagascar tente de discréditer la parole du Français, dans un pays régulièrement pointé du doigt pour la corruption massive qui touche tous les échelons de l’État.

Le président, qui remettra son mandat en jeu à la fin de l’année, a lui-même fini par réagir. “Pour Hery Rajaonarimampianina, il ne s’agit que d’accusations portées par un criminel évadé de prison, écrit Madagascar Tribune. Des propos qui confirment ceux du Premier ministre qui avait pour sa part souligné que c’est parole contre parole.” Antananarivo déplore que Paris n’agisse pas davantage dans ce dossier, malgré l’émission début janvier d’un mandat d’arrêt international contre le Français.

Liza FabbianLire l’Article Original

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