L’argent des Africains : Taos, commercial pour un pétrolier au Sénégal – 508 euros par mois (et des primes)

Taos, 35 ans, commercial dans une entreprise pétrolière au Sénégal © DR

Grâce à son poste de commercial dans petite entreprise pétrolière nouvellement installée à Dakar, Taos gagne 333 000 F CFA par mois (508 euros), sans compter des primes régulières pouvant aller jusqu’à 150 000 F CFA (230 euros). Pour notre série, il a accepté d’éplucher ses comptes et de partager ses ambitions.

Salaire : 740 euros dans les « bons mois »

À 35 ans, Taos a déjà tout prévu. Ce Dakarois a foi en l’avenir. Et pour cause, le poste de commercial qu’il occupe actuellement chez Neptune Oil lui promet de belles opportunités. Cette filière du groupe suisse Optima Energy implantée au Sénégal depuis 2013 possède actuellement quatre stations-service dans le pays, avec un objectif de 20 pour 2017. « La société va s’agrandir avec des postes de cadre à la clé », croit-il savoir.

Après avoir passé quatre ans dans la vente d’automobiles chez Renaud Sénégal, Taos se plaît dans le pétrole. Il parcourt le pays à la recherche de nouveaux clients, grâce auxquels il peut toucher les fameuses primes sur lesquelles il compte chaque mois pour rentrer dans ses frais : « Elles varient de 75 à 230 euros par mois », estime-t-il. Véritable négociant né, Taos sait jouer de ses relations et renifler les bons filons. Plus tard, il rêve de monter sa propre boîte dans le BTP, comme son beau frère. Un secteur dans lequel il est sûr que « ça peut marcher » car  » le Sénégal est encore un terrain vierge, et il y a  beaucoup de constructions à venir ».

Loyer et nourriture :  335 euros

C’est à Sicap Liberté 4, un quartier très peuplé de Dakar, que Taos vit avec sa femme et sa fille de trois ans. Ils sont installés dans un trois pièces confortable qu’il loue pour 182 euros par mois. Ce loyer, que Taos prend entièrement en charge,  représente déjà plus du double du salaire moyen sénégalais qui est de 87 euros par mois. Il fait donc partie de la « classe moyenne supérieure » du pays, avec sa télévision, sa voiture et un smartphone fourni par son entreprise.

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Grâce aux bons que lui octroie Neptune Oil, il peut également limiter ses dépenses en essence à 30 euros par mois, et sa facture de téléphone à 7 euros. Autre avantage de taille pour le salarié : l’assurance pour lui et sa famille est prélevée directement sur son salaire.

En bon homme d’affaires, Taos n’aime pas perdre de temps, et privilégie les solution pratiques. Pour que lui et sa femme puissent faire les courses plus facilement, il a pris un abonnement chez l’épicier de leur quartier, qui lui coûte environ 150 euros par mois.

Éducation de sa fille : 90 euros

Exceptées des excursions à la station balnéaire de Sally pour que « la petite » profite des plages et des piscines, Taos et sa femme se concentrent sur l’essentiel. Et pour ce jeune père, c’est indubitablement l’éducation qui prime. Celui qui a suivi des études de commerce international à l’Iscom ( l’Institut Supérieur de commerce et de management de Dakar) veut offrir les mêmes possibilités à sa fille, encore à l’école élémentaire. Alors il ne lésine pas sur les dépenses liées à l’éducation : 60 euros par mois pour les frais de scolarité et la cantine, et 30 euros de plus de cotisation pour une « assurance étude » qu’elle recevra à ses dix huit ans.

Aide aux parents et rénovation de la maison familiale à Nguekokh : 290 euros

Si sa vie à Dakar est sur les rails, le cœur de Taos est resté dans sa ville natale, à Nguekokh. Ses parents ainsi que son petit frère vivent dans cette commune du département de Mbour, dans une maison qui est la principale source de dépense du trentenaire. C’est pour rénover la toiture et la terrasse de cette bâtisse qu’il a contracté un prêt de 6000 euros qu’il rembourse à hauteur de 135 euros par mois.  Les travaux seront bientôt finis, ce qui lui permettra ensuite d’entamer la construction de sa future maison, non loin de là, sur un terrain de 300 mètres carrés qui lui appartient déjà depuis quelques années. Pour Taos, aider sa famille est primordial. Alors, dès que ces primes le lui permettent, il envoie jusqu’à près de 150 euros par mois à ses parents à qui il rend  visite très régulièrement.

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Nguekokh est aussi le lieu où Taos s’adonne à sa passion : le foot. Il est le directeur d’un des clubs de la commune. Une activité dont il est très fier : « L’ASC était restée quatre années sans gagner de trophée. Puis j’ai repris l’équipe et nous sommes montés jusqu’en phase nationale en 2013, assure-t-il. J’ai redressé les comptes, apporté une nouvelle vision,  et impliqué la population du quartier. » S’il a investi de l’argent dans le club pendant un certain temps, celui-ci arrive maintenant à se financer grâce à des dons, et à l’organisation de grands jeux.

« Dans les tuyaux »

Quant à l’avenir… Taos est impatient d’être propriétaire. Il voudrait aussi voyager, pour « sortir un peu de l’Afrique ». Mais, comme il le dit,  » tout est dans les tuyaux » : à ce rythme  il aura racheté le reste de son crédit dans deux ans, et il pourra recommencer à mettre des sous de côté et à voyager un peu…

Laure Broulard

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